Présent – Gustave Le Bon, Lois psychologiques de l’évolution des peuples, Kontre Kulture, 180 pages, 13,50€

Le Bon est justement célèbre pour sa Psychologie des foules (1895), qui fut le premier livre à considérer la foule comme une entité. Analysant les « mouvements » de la foule aux XVIIIe-XIXe siècles, il expliquait par avance quelques événements du XXe. Ses Lois psychologiques de l’évolution des peuples datent de la même année. On y retrouve sa méthode, qui est de progresser par assertion plus que par raisonnement. Le lecteur a tout intérêt à garder ouvert un œil critique car Le Bon ne recule devant aucune contradiction (voyez ce qu’il dit de l’Italien p. 18 puis p. 22-23) ni jugement téméraire (les Chinois, classés parmi « les races moyennes », n’ont pas atteint un haut niveau dans les arts, les lettres et la philosophie, p. 33 ; la peinture égyptienne était « médiocre », p. 60). Les comparaisons entre l’homme et l’animal relèvent d’une anthropologie matérialiste, non de la métaphore. L’auteur est de son époque, positiviste : « La science a renouvelé nos idées et ôté toute autorité à nos conceptions religieuses et sociales » (p. 162). Il est un héritier des Lumières : « Les couches les plus basses des sociétés européennes sont homologues des êtres primitifs », puisqu’on constate chez elles, comme chez « les races primitives et inférieures », « une incapacité plus ou moins grande de raisonner » (p. 33). Ces réserves faites, Gustave Le Bon reste riche en aperçus qui stimulent l’esprit et nourriront une réflexion sur « l’évolution des peuples », qu’à l’heure du Grand Remplacement chacun est porté à mener.

Recension parue dans la revue Présent du 7 mai 2022, n°10117, p. 10

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